Chine : la dernière tortue du Yangtsé femelle connue est morte

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Le décès de la dernière femelle connue, après une cinquième tentative d’insémination artificielle, amenuise les chances de survie de l’espèce. La disparition probable de cette espèce endémique est le symbole de la destruction du fleuve Yangtsé et de sa biodiversité unique sur Terre.

La femelle âgée de 90 ans est morte le 13 avril au zoo de Suzhou dans la région de Shanghai en Chine. Une cinquième tentative d’insémination artificielle venait d’échouer mais il semblerait que la procédure s’était néanmoins déroulée sans encombre : “Les tortues mâle et femelle – qui n’ont pas réussi à produire naturellement de petits depuis leur rassemblement en 2008 – ont été jugées saines pour la procédure alors que des anesthésies similaires avaient déjà été réalisées sans incident”, note l’ONG Wildlife Conservation Society. Une autopsie doit être effectuée afin d’identifier la cause de la mort.

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La disparition de l’espèce semble inéluctable

Outre le mâle centenaire pensionnaire du même zoo, il ne resterait que deux individus en liberté au Vietnam. L’un se trouverait dans le lac Dong Mo à Hanoï et l’autre vivrait dans le lac Xuan Khanh. Leur sexe n’est pas connu mais les scientifiques supputent que ce sont deux mâles. S’ils ont raison, cela anéantirait tout espoir de sauvegarde de l’espèce. La population de cette tortue – la plus grande tortue d’eau douce – a été décimée par la chasse, la pollution du fleuve Yangtsé et la destruction de son habitat.

Le fleuve Yangtsé ravagé

Le Yangtsé, aussi appelé Fleuve bleu, est le troisième plus long fleuve du monde (après l’Amazone et le Nil) mais aussi l’un des plus pollués de la planète. D’après Lu Jianjian, professeur à la East China Normal University, 40% des déchets du pays (dont les engrais chimiques, pesticides, rejets agricoles, eaux polluées des industries…) sont déversés dans le fleuve, soit environ 25 milliards de tonnes chaque année. Le fleuve, enjeu économique majeur de la région, a aussi subi de nombreuses modifications et constructions qui ont perturbé la faune et la flore. Il abrite, entre autres, le barrage des Trois-Gorges (2309 mètre de long et 185 mètres de haut) qui alimente la plus grande centrale hydroélectrique du monde. En transformant le transport sédimentaire et les crues hivernales, le barrage perturbe énormément la vie de la faune.

Une biodiversité unique menacée

Outre sa taille impressionnante, le Yangtsé est le refuge d’une biodiversité unique au monde et abrite de nombreuses espèces endémiques. Symbole de cette destruction, la disparition du dauphin de Chine a été annoncée par l’UICN en 2006. Le marsouin aptère du Yangtsé, autre espèce endémique du fleuve et de ses affluents, a été classifié espèce en danger critique d’extinction cette même année. Depuis 2006, le nombre de marsouins aurait chuté de moitié : on estime qu’il n’en resterait qu’environ un millier et, d’après la WWF, le déclin de l’espèce est de l’ordre de 13,7% par an. L’alligator de Chine et la salamandre géante de Chine (la plus grande salamandre du monde) sont eux aussi des symboles de cette diversité menacés par la pollution du fleuve.

Brut – La salamandre géante de Chine

Un plan d’action contre la pollution

Fin mars, le vice-Premier ministre chinois Han Zheng a appelé les responsables à prendre des mesures concrètes pour protéger le fleuve Yangtsé qui alimente en eau 40 % du territoire chinois. La Chine a aussi dévoilé cette année un plan d’action visant à lutter contre la pollution du Fleuve bleu. L’objectif principal est l’élimination de plus de 90% des masses d’eau “noires et odorantes” du fleuve Yangtsé d’ici fin 2020. Enfin, le WWF travaille avec les autorités publiques au développement d’un réseau de zones protégées pour préserver les espèces naturelles de la région et leurs habitats. Cette prise de conscience et la mise en place d’une politique environnementale sont porteuses d’espoir mais, malheureusement, certains dégâts sont irréversibles.

Des fleuves et des hommes – Le Yangtsé (2007)

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