Rapport de l’IPBES sur la biodiversité : un million d’espèces pourraient disparaître

L’IPBES, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, a publié ce lundi 6 mai un rapport inédit sur l’état de la biodiversité dans le monde. Le document, présenté comme “le plus exhaustif réalisé à ce jour”, expose la menace d’une extinction massive des espèces mais affirme qu’il est encore possible d’inverser la tendance si des mesures ambitieuses de protection sont mises en place.

Après 6 jours d’ultime consultation à l’Unesco à Paris, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a rendu son rapport sur la biodiversité mondiale. Ce rapport choc de 1800 pages est le fruit de 3 ans de travail d’un groupe de 450 experts issus de 50 pays réunis sous l’égide de l’ONU. Il s’appuie sur plus de 15 000 références et travaux scientifiques mais aussi sur les savoirs autochtones.

Disparition accélérée des espèces vivantes

Selon le rapport, jusqu’à un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, dont une grande partie dans les prochaines décennies. Notre planète abritant environ 8 millions d’espèces vivantes, c’est donc une espèce sur huit qui est en danger de mort. On assiste à la sixième extinction de masse des espèces, la dernière ayant eu lieu il y a 65 millions d’années avec la disparition des dinosaures. Les experts insistent sur la rapidité extrême de la crise que nous traversons. Le taux d’extinction des espèces dans le monde est “des dizaines et même des centaines de fois plus élevé” que la moyenne des 10 derniers millions d’années. Le rapport affirme que 75% du milieu terrestre est déjà sévèrement altéré, laissant plus de 500 000 espèces avec un habitat insuffisant pour leur survie à long terme, et que 66% de l’environnement marin est également touché.

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L’être humain est le principal responsable

Pour la première fois, le rapport hiérarchise les principaux facteurs menaçant la biodiversité. L’être humain est responsable de chacun d’entre eux. Selon les experts, “les changements d’usage des terres et de la mer” seraient responsables de 30% des impacts sur la biodiversité. La destruction des habitats est due en grande partie à la déforestation au profit des cultures agricoles et à l’élevage, à l’étalement urbain et aux différentes infrastructures humaines (routes, mines, barrages, etc). “Les trois quarts de l’environnement terrestre et les deux tiers du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine.” selon le rapport. La surexploitation des ressources naturelles est le deuxième facteur du déclin : le rapport lui impute la responsabilité de 23% des impacts. En 2015, par exemple, 33% des stocks de poissons renfermés par nos mers et océans avaient été “exploités à des niveaux non durables”.

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Lien direct avec le changement climatique

Alors que jusqu’à maintenant le réchauffement climatique n’était considéré que comme un facteur aggravant, il est désigné dans ce rapport comme un déterminant majeur du déclin de la biodiversité. Les experts insistent sur le fait que les solutions et mesures à mettre en place pour lutter contre ces deux crises se recoupent en grande partie. Le rapport classe le réchauffement de la planète au même niveau que la pollution dans sa hiérarchie des principaux facteurs qui menacent les écosystèmes. Ainsi, 14% des impacts sur le vivant seraient dus au réchauffement de la planète. En effet, le changement climatique serait à l’origine des menaces de disparition qui pèsent sur près de la moitié des mammifères terrestres et sur près d’un quart des oiseaux. Le réchauffement climatique serait également l’un des facteurs de la prolifération d’espèces exotiques envahissantes qui détruisent les écosystèmes. Le nombre de ces espèces exotiques, responsables de 11% des impacts sur la biodiversité selon le rapport, a augmenté d’environ 70% depuis 1970.

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Une menace pour la vie humaine

Mais la menace ne pèse pas seulement sur les animaux et les végétaux. Le déclin de la biodiversité est également lourd de conséquences pour les êtres humains. “La nature est essentielle à l’existence humaine et à une bonne qualité de vie”, rappellent les chercheurs dans leur rapport. Ils ajoutent que “la plupart des contributions de la nature ne sont pas entièrement remplaçables”. L’exemple phare est le rôle joué par les animaux, notamment les abeilles, dans la pollinisation : 75% des cultures consommées dans le monde en dépendent. Les écosystèmes menacés jouent aussi un rôle crucial : “les forêts captent du carbone, empêchent les inondations” résume Paul Leadley. Aussi, “les écosystèmes marins et terrestres sont les seuls puits qui absorbent les émissions de carbone” produites par les hommes. “Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier” résume Sir Robert Watson, président de l’IPBES.

Il n’est pas trop tard pour agir

“Nous avons encore les moyens d’assurer un avenir durable aux êtres humains et à la planète” assurent les scientifiques. Mais pour cela il faudra un “changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux”. Le rapport affirme aussi la nécessité de s’éloigner du dogme de la croissance à tout prix : “il s’agit de considérer la qualité de vie et non la croissance économique comme objectif” affirme Eduardo Brundizio, l’un des principaux auteurs. Les solutions évoquées dans le rapport seront discutées plus en détail l’an prochain en Chine lors de la COP15 qui devra mettre sur pied le cadre mondial post-2020 pour la biodiversité. Tout n’est pas noir, certains succès sont à noter. Grâce aux plans de conservation mis en place entre 1996 et 2008, le risque d’extinction des mammifères et des oiseaux a été réduit d’environ 29% dans 109 pays. Preuve que des mesures concrètes peuvent faire bouger les choses efficacement. “Des solutions, on en connaît mais il faut du courage politique pour les mettre en place” affirme Jean-François Sylvain, président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité. Du courage il en faudra, et vite : les experts annoncent « une nouvelle accélération du rythme mondial d’extinction » si rien n’est fait.

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