Botswana : rétablissement de la chasse aux éléphants

Le Botswana a décidé de lever l’interdiction de la chasse aux éléphants. Le gouvernement a déclaré que la croissance de la population de pachydermes n’était plus gérable. Cette décision a suscité l’indignation de plusieurs organisations de défense des animaux.

Le ministère botswanais de l’Environnement, de la Conservation des ressources naturelles et du Tourisme a annoncé, mercredi 22 mai, le rétablissement de la chasse dans un communiqué. Le gouvernement affirme que l’activité reprendra “de manière ordonnée et éthique” et que cette décision ne concerne pas les espèces animales en danger. Moins de 400 éléphants pourront être tués chaque année dans des zones précises déterminées par les autorités.

Communiqué du ministère de l’Environnement, de la Conservation des ressources naturelles et du Tourisme le 22 mai 2019

“ Les conflits entre humains et éléphants ont augmenté en nombre et en intensité ”

Le gouvernement affirme que le nombre d’éléphants sur le territoire est devenu ingérable et que “les conflits entre humains et éléphants ont augmenté en nombre et en intensité et affectent de plus en plus les moyens de subsistance”. Le Botswana abrite à lui seul un tiers des 415 000 éléphants sauvages d’Afrique et les contacts avec l’Homme sont de plus en plus fréquents. En effet, les sécheresses poussent les pachydermes à s’aventurer loin de leur territoire afin de trouver de nouvelles sources d’eau, bien souvent à proximité des villages. Outre le danger que représente cette proximité, les éléphants détruisent sur leur passage les plantations et récoltes, mettant les agriculteurs en grande difficulté. Le comité mis en place en juin 2018 par le gouvernement afin de débattre de cette levée de l’interdiction de la chasse a insisté sur la lenteur des interventions du Department of Wildlife and National Parks lors des signalements d’éléphants destructeurs. Le groupe qui rassemblait, entre autres, les autorités locales, des ONG, des chercheurs et des représentants de l’industrie a également découvert que “la suspension de la chasse avait un impact négatif sur les moyens de subsistance, notamment pour les organisations communautaires” qui vivaient auparavant des activités liées à la chasse. Ainsi, le gouvernement a annoncé que la moitié des permis sera accordée à des organisations travaillant en étroite collaboration avec la population afin que les revenus de la chasse profitent aux locaux.

Tweet du président du Botswana Mokgweetsi Masisi sur les raisons de la levée de l’interdiction de la chasse aux éléphants

Indignation de plusieurs organisations de défense des animaux

“Reprendre la chasse des éléphants suscite des questions morales et va à l’encontre de tous les efforts internationaux pour protéger ces géants, mais en plus cela risque de porter préjudice à la précieuse industrie touristique”, l’une des principales ressources du Botswana, a déclaré Humane Society International. L’éléphant, classé espèce menacée depuis 1989, est la figure de proue du tourisme botswanais spécialisé dans les safaris haut-de-gamme. Le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw) et l’ex-président botswanais Ian Khama – qui a interdit la chasse en 2014 – dénoncent quant à eux des manœuvres politiques afin de s’assurer le vote des électeurs ruraux à cinq mois des élections générales. Des considérations éthiques sont également avancées afin de contester le rétablissement de la chasse : les défenseurs rappellent que l’empathie des éléphants et leur capacité à ressentir les émotions ne font aucun doute. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a pour sa part souligné les avantages de la chasse et a déclaré que “dans certains cas rigoureusement contrôlés, notamment des espèces menacées, les preuves scientifiques montrent que le chasse peut être un moyen efficace de conservation”.

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